Potentiel de ventes et circuits de distribution pour les livres importés en Corée

Ces derniers temps, nous explorons le marché du livre coréen grâce à des extraits de notre guide de marché intitulé Selling Canadian Books in Korea. Dans notre article d’aujourd’hui, Tony Michell et Darwin Shim, les experts qui ont rédigé le guide, décrivent le potentiel commercial de ce marché et les circuits de distribution pour les livres importés.

Lignes directrices générales

  • Il n’y a pas de restrictions spéciales ni de droits de douane appliqués aux livres. Jusqu’à la fin de l’année 2011, les importateurs étaient tenus d’obtenir un certificat de recommandation du ministère coréen de la Culture, afin que ce dernier puisse repérer et censurer le contenu à caractère subversif. Cependant, la loi a été modifiée de sorte que les livres sont évalués après leur entrée sur le marché coréen, et uniquement si la publicité qui les entoure est négative. Les éditeurs étrangers en Corée mentionnent que ce n’est pas un grave problème, puisque même les livres à propos de la Corée du Nord sont approuvés et publiés.
  • Il est possible de trouver des agents qui se spécialisent dans l’importation de livres en français, en allemand et en anglais, et qui vont orienter l’éditeur tout au long du processus.
  • Les principales chaînes de librairie comme Kyobo, Bandi & Lunis et Youngpoong exposent volontiers les livres importés.
  • En ce qui concerne les livres pour enfants, les importateurs et les éditeurs aiment acheter les collections en entier. Par la suite, ils en font un ensemble, auquel ils rajoutent une bande audio, puis vendent le tout aux parents qui préfèrent acheter de cette façon plutôt qu’un titre à la fois.

Circuits de vente

En Corée, la vente de livres au détail par des entreprises ayant pignon sur rue se fait principalement par l’entremise de grandes franchises. Les autres librairies, indépendantes et de petite ou moyenne tailles, appartiennent à des intérêts privés ou sont des entreprises familiales, et sont confrontées à des défis de plus en plus grands sur le marché actuel. Les librairies d’occasion, quant à elles, font exception, puisqu’elles connaissent un regain de popularité depuis l’instauration d’une loi en 2014 encadrant les remises accordées. Un bon exemple est l’entreprise What the Book?, située dans un quartier d’Itaewon à forte concentration de résidents étrangers, qui se spécialise dans les livres d’occasion étrangers.

La concurrence s’intensifie dans le secteur de la vente au détail en ligne, et plus précisément entre les trois plus grands acteurs, soit Yes24, Interpark et Aladin. Avec l’entrée en vigueur de la loi de 2014, ces entreprises ont perdu leur énorme avantage concurrentiel par la force des choses et doivent désormais composer avec une fixation des prix du livre plus uniforme dans les divers points de vente.

Il n’existe aucune statistique en ce qui concerne l’acquisition de livres étrangers par les bibliothèques coréennes. Alors que ces dernières ont toujours représenté un secteur où les ventes étaient assurées, certains indices récents laissent à penser qu’elles acquièrent de moins en moins de livres année après année, plus précisément les bibliothèques publiques. Depuis la dernière édition de ce rapport, publiée en 2012, les systèmes d’analyse des stocks automatisés sont devenus la norme et montrent clairement la baisse d’intérêt des Coréens pour la lecture de livres étrangers. Nous nous attendons à une poursuite du déclin des ventes dans ce secteur, malgré une augmentation du nombre de bibliothèques.

Librairies qui ont pignon sur rue : l’industrie du livre en Corée, qui enregistrait une baisse de 5 % par an depuis 2010, a atteint un plancher en 2012. L’année 2013 a été marquée par un bond important, lorsque la Korea Creative Content Agency (KOCCA) a commencé à intégrer les livres d’occasion et diverses ventes hors ligne dans leur modèle statistique. Le déclin a faibli depuis 2013, le taux de croissance annuel composé s’établissant à 2,3 %. Le gouvernement s’est attribué le mérite de cette situation et considère que ce sont les démarches qui ont été entreprises pour régulariser les rabais offerts sur les prix catalogue qui sont à l’origine de la stagnation du rythme du déclin.

Les grandes librairies qui ont pignon sur rue ne sont plus obligées de se battre entre elles en se livrant à une course aux rabais. Un groupe d’entreprises, classées dans la catégorie des grandes ou très grandes compagnies, compte pour près d’un cinquième des ventes hors ligne. Youngpoong a été le seul grand acteur du marché à connaître une croissance en 2015, grâce à sa décision d’ouvrir de nouvelles succursales, plus petites, alors que les grands acteurs se sont retirés des petits segments du marché.

Les commerces de très grande taille n’ont pas été épargnés par le recul du marché. Ils ont été très durement touchés par l’adoption de la loi de 2014 sur les rabais. L’avantage concurrentiel qu’ils détenaient face aux plus petits commerces a disparu presque du jour au lendemain, comme en témoigne la légère augmentation du nombre de commerces de moyenne et grande tailles.

Bibliothèques publiques : les bibliothèques publiques représentent une forme de revenus garantis alors que leur nombre ne cesse d’augmenter, mais les éditeurs étrangers peuvent trouver qu’il s’agit d’un débouché complexe pour les ventes à l’exportation. En 2013, on rapporte que la National Assembly Library a dédié 23,9 % de son budget d’acquisition à l’achat de titres étrangers. Cependant, il s’est avéré, plus tard, que sept livres étrangers sur dix n’avaient jamais été consultés. Cela a entraîné un léger tumulte, et la National Assembly Library a été invitée à être plus scrupuleuse dans l’utilisation de l’argent des contribuables.

Bibliothèques scolaires et universitaires : les bibliothèques scolaires et universitaires en Corée ont des budgets nettement plus importants que les bibliothèques publiques, plus de quatre fois supérieurs. Les éditeurs canadiens peuvent vendre directement aux bibliothèques scolaires et universitaires en Corée, en s’adressant directement aux bibliothécaires, aux professeurs ou aux librairies.

Bien que les éditeurs puissent communiquer avec l’un ou l’autre des trois contacts indiqués ci‑dessus, il est important de noter que les bibliothécaires universitaires ont le dernier mot et supervisent les budgets pour les achats de livres. Les budgets sont établis en fonction des livres qui sont demandés par les professeurs. Par le passé, les livres demandés par les professeurs provenaient de suggestions fournies par les bibliothécaires à partir de fichiers spécialisés, de publicités et de supports promotionnels variés. De nos jours, les bibliothécaires sont plus enclins à acheter des livres par l’entremise de comptes dédiés chez Kyobo ou dans d’autres boutiques en ligne, ou directement chez Amazon. Autrefois, les revues universitaires constituaient un achat important en format papier, mais, aujourd’hui, les bibliothécaires choisissent de plus en plus l’accès en ligne par l’entremise de référentiels comme JSTOR.

Les éditeurs canadiens qui envisagent de se lancer sur le marché du livre universitaire en Corée doivent garder en tête que la reproduction sous forme de photocopies de manuels scolaires originaux (c.-à-d. le piratage) est une pratique très répandue parmi les étudiants universitaires coréens. On estime que, par le passé, les étudiants universitaires ont piraté des livres pour un montant de ₩700 milliards par année. Les photocopies sont désormais plus dispendieuses en Corée, et les éditions pour étudiants font souvent concurrence aux exemplaires illégaux.

Boutiques en ligne : on s’attendait à ce que les boutiques en ligne de livres imprimés soient les plus durement touchées après l’entrée en vigueur de la loi de 2014 sur les rabais. Au lieu de cela, elles ont diversifié leurs activités vers la vente de livres d’occasion, qui connaît un essor parallèlement aux ventes de livres numériques. Ce circuit, qui représentait 18,1 % de toutes les ventes en 2015, continue de croître.

Foires du livre : il n’y a qu’une seule foire du livre d’importance en Corée du Sud, à savoir la Foire internationale du livre de Séoul qui se déroule en juin et qui expose des livres de tous genres et de tous domaines. Cet événement est organisé par la Korean Publishers Association (KPA). Tous les agents et éditeurs coréens, en quête de la perle rare, assistent à cet événement afin de passer en revue les titres offerts par les nombreux exposants.

Les éditeurs de livres en français pourraient être intéressés par le Seoul Wow Festival, un événement qui a lieu au début octobre, organisé conjointement avec l’Ambassade de France. Cet événement vise principalement à échanger sur les diverses facettes de la langue et de la culture françaises et à mettre ces dernières à l’honneur. Les éditeurs canadiens de langue française pourraient donc y voir un intérêt à y participer.

Distribution

Les Coréens importeront les livres qui, selon eux, se vendront, mais ils ignorent souvent nombre des livres qui s’offrent à eux, sauf si ces derniers figurent sur des listes étrangères de succès de librairie. L’institut de langue anglaise YBM Sisa avait l’habitude d’envoyer des acheteurs chaque année en vue de trouver de nouveaux titres, mais, de nos jours, ces démarches ont largement été remplacées par la recherche sur Internet.

Grossistes : Un contrat type avec un distributeur ou un grossiste comprend la négociation de l’approvisionnement et de la forme de commerce. Un contrat est ensuite établi, accompagné des documents nécessaires. Puis, les parties discutent du calendrier de livraison des livres dans les magasins.

Distribution de livres numériques : Il existe deux grandes méthodes de distribution de livres numériques, soit la distribution directe, qui implique que chaque éditeur enregistre ses ouvrages numériques auprès de chaque détaillant de ce type de livres sur le marché, ou l’envoi de livres numériques au Korea Productivity Center (KPC), qui agit ensuite à titre de grossiste. Cette deuxième méthode est celle privilégiée par les éditeurs de petite et moyenne tailles.

Impression à la demande : Les services d’impression à la demande connaissent une croissance en Corée. Les coûts sont relativement faibles. Avant de proposer ce type de service, il est important de s’intéresser à la qualité du papier et au traitement des couvertures, et de négocier ces aspects, car ils pourraient avoir une incidence non négligeable sur les coûts finaux.

Pour obtenir de plus amples renseignements sur le marché coréen ou des conseils pour réussir sur ce marché, téléchargez dès aujourd’hui notre guide Selling Canadian Books in Korea.

2017-11-09 | Distribution, Export, Foires du livre, Guides de marché, Numérique